* La première grande bataille à laquelle le Normandie va prendre part est la bataille d'Orel. C'est un groupe affaibli et, de toute façon minuscule, qui va affronter cette épreuve. La 303° Division Aérienne, dont le Normandie fait partie, est lancée dans la bataille le 12 juillet. C'est une terrible empoignade : la Luftwaffe y a jeté ses meilleures escadres. Le Normandie reçoit la permission de passer les lignes ennemies, ce qui lui avait été interdit depuis qu'on savait que les pilotes pris seraient considérés comme franc-tireurs et fusillés. Notons que de telles interdictions furent aussi imposées au sein de la Royal Air Force : les pilotes français furent longtemps interdits de "Sweeps" et autres "Rodeos" ou "Circus" au dessus des pays occupés. Le gouvernement de Vichy promettait le peloton d'exécution aux pilotes pris. On sait que les allemands traitèrent de nombreux pilotes du Normandie, tombés entre leurs mains, en franc-tireurs et les exécutèrent... Les combats sont d'une violence inouie. Le Normandie, comme toutes les unités engagées par le VVS, va payer un lourd tribut. Entre le 14 et le 17 juillet, le groupe Normandie perd sept pilotes dont ses plus prestigieux membres: Albert Littolff et le commandant du groupe, Jean Tulasne. En revanche, le Normandie abat 18 avions ennemis. Le commandant Pouyade prend alors la tête d'un "Normandie" épuisé. On peut d'ailleurs penser que c'est la fatigue qui explique ses lourdes pertes. Certains pilotes vont voler jusqu'à 12 heures par jour. On retrouve ce syndrome chez de nombreux pilotes des FAFL (et plus largement chez les pilotes exilés). Il est flagrant chez Tulasne, comme chez Littolff, tout comme il l'est chez Maridor ou Mouchotte en Angleterre. Certains ont imputé ces pertes au manque de cohésion des formations françaises. En effet, on les a souvent accusé de trop d'individualisme. Les pilotes français étaient réputés pour leur maestria aux commandes d'un Yak et leurs qualités de tireurs : ils tiraient de très près. Ce manque de tactique en formation est sans doute un héritage de l'Armée de l'Air où l'on privilégiait trop le brio individuel. De plus, il est indéniable que le Commandant Tulasne manquait de connaissance tactique des conditions du combat dans un environnement aussi dur et dense que le front de l'Est. On remarque que sous le commandement de Pouyade les pertes seront à peine moins élevées, mais que les Russes ne feront alors aucune remarque au commandant du Normandie.
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